L’idée reçue est au coeur de l’actualité. Les facultés, refusant de se privatiser, se regroupent sous une bannière commune et l’Université s’en retrouve unifiée sous les traits d’ un même visage. Les étudiants n’y échappent pas. L’espace d’une soirée et dans l’atmosphère ouatée d’un petit appartement ils ont décidé de se retrouver. Tous ne sont pas arrivés à l’heure mais chacun rédécouvre sa table basse à l’improbable nom suédois, son poster d’Andy Warhol et son canapé convertible. Au abords d’une cuisine exigüe et surchargée, les invités présentent des caractéristiques familières.
Dressons un tour de table de ce salon aux allures de 21ème siècle. Quelques coqs s’affrontent pour une histoire ancestrale de lutte universitaire entre Assas et la Sorbonne, entre Paris IV et Censier, entre Dauphine et quelques unes de ces constellations exaltées en cette période de révolte. Une poignée de fumeurs sont entassés devant la fenètre et alternent les débats entre concerts bons marchés et sorties extravagantes. Une assasienne passe, nonchalante, le short assez court pour faire chavirer les coeurs et les talons assez longs pour lui donner cet air de femme inacessible. Le vin acheté à la sauvette chez l’épicier d’en bas coule à flots et la Kronembourg se boit par litres. Un peu plus tard se verseront la desperado pour les filles et le wisky coca pour ces messieurs. Les clichés ont la belle vie. Adossés au bar, quelques dauphinois forment le gratin d’une société d’intellectuels en pain d’épice, arborant un foulard et un sourire de grand bourgeois. Ils échangent des concepts artistiques avec ce jeune illuminé aux dreadlocks épaisses et aux lunettes saillantes qui dit habiter dans le batiment L. Beaucoup sont sceptiques à son écoute, comme ce groupuscule d’étudiants de Tolbiac, rouges de honte dans cette société rétrograde, la pancarte soigneusement dissimulée derrière une moue pléonastique.
Dans ce salon moderne, l’idée reçue s’est taillée la part du lion. Heureusement, certains de nos étudiants présenteront toujours un grain d’originalité, un cocktail d’idées qui forme sans cesse une infinité de réalités et qui confère à l’idée reçu un je ne sais quoi d’à coté de la plaque.
LE GRAIN DE CELLE DE MICHAELSKI
LA VOIX D’ALTO DE NARIL
Niché dans un cliché un étudiant éclos
Une bourse sociale, gratifiée en cadeau.
A l’Université quelques pas parcourus
Formulaires, par milliers, l’ont déja abattu .
Sans objectif il vogue dans l’océan, la mer,
Cette étendue peuplée de poissons fonctionnaires,
Les mutuelles seront ses premiers assaillants
Puis l’OFUP guettera chacun de ses mouvements.
Enfermé pour toujours dans d’amers théories
Que l’Université a insuflé en lui
Bien qu’il n’ait pas souffert des infernales coles
Il n’est pas moins formé que l’étudiant d’école.

